SUR LE CHEMIN DE ST JACQUES

Saint Jacques de Compostelle. Beaucoup en ont entendu parler, mais qu’est-ce au juste ? Ah oui !, le Moyen Age, le pèlerinage, des hommes de  toute condition, pauvres pour la plupart, qui entreprennent cette longue marche pour prier sur le tombeau du premier apôtre martyr, en quête qui du pardon, de l’espoir, de la guérison, du remerciement, de la foi tout simplement. Quoi qu’on en dise, il y a dans cette démarche une dimension spirituelle liée à l’histoire, qui fait qu’on l’aborde et l’effectue (c’est mon cas) dans des conditions particulières.

Je ne crois pas que l’on puisse la préparer et la vivre sans avoir constamment à l’esprit le fait que la route que l’on suit, que les payages que l’on traverse, que les édifices, religieux ou non que l’on rencontre, sont le témoin de cette migration journalière qui dure depuis plus de mille ans. Ce ne sont plus bien sûr des centaines de gens qui affluent, mais quelques dizaines (à la période ou nous l’avons faite) qui perpétuent journellement cette tradition.

Nous avons été 3 cyclos de La Londe les Maures a entreprendre cette ….. je ne sais comment dire ….. car c’est une sensation personnelle ….. alors je dirai randonnée – pèlerinage ,il y a 8 ans déjà. Nous étions alors tous les 3 en activité et pour des raisons professionnelles nous ne pouvions dépasser 2 semaines d’absence. Nous avons donc effectué le trajet d’environ 1500 km – dont 800 km en Espagne - en 12 jours, puisqu’il fallait tenir compte des délais de route.

Raconter notre périple dans le détail serait fastidieux et les bouquins sur le sujet sont beaucoup plus complets. Je me bornerai donc à une description succinte et à quelques réflexions et remarques utiles susceptibles d’aider des amateurs en partant du principe qu’ils sont des pratiquants confirmés qui connaissent les problèmes liés à ce genre de raid, tant au point de vue de la préparation physique, que de celle du vélo et de la garde robe nécessaire.

Nous sommes partis d’Arles le 25 mai 1997 et sommes arrivés à St Jacques le jeudi 5 juin . Notre budget était calculé au plus juste (300 F/jour à l’époque, combien cela fait-il aujourd’hui ? => 45 €), nous coucherons à l’hôtel, casse croûte le midi et repas au restaurant le soir. N’ayant aucune expérience de ce type de randonnée je me suis fié à celle de mes collègues pour le paquetage. Environ 12 kg sur le vélo.

Les 12 étapes se répartissent comme suit :

1°)Arles – St Guilhem le Désert 120 km dénivelée 480 m

Seule la traversée de Montpellier est délicate, nous l’avons d’ailleurs contourné. Bonne première étape de mise en jambe car parcours pratiquement plat, les seules côtes étant situées vers Montpellier. Nous avons couché au gîte de St Guilhem (dortoir donnant sur la rue principale), comme nous étions les seuls nous avons bien dormi.

2°)St Guilhem le Désert – Brassac 142 km dénivelée 2050 m

Etape superbe sur le plan touristique car effectuée à partir de Lodève sur de petites routes accidentées mais au combien agréables. Des difficultés pour se restaurer car c’est lundi et peu de commerces sont ouverts. A Murat s/Vebre nous rencontrons notre premier pèlerin. A Brassac un seul hotel sur la rue principale et une seule auberge dans le village (bien).

3°)Brassac – l’Isle Jourdain 145 km dénivelée 600 m

Quel changement !, aujourd’hui grandes routes et dérogation pour éviter la traversée de la métropole Toulousaine, un sérieux détour qui ne nous fera pourtant pas éviter la zone industrielle nord avec voitures et embouteillages. Seule difficulté, la côte de Puylaurens. Gîte et couvert à « l’hôtel du centre » de l’Isle Jourdain (bien).

4°)L’Isle Jourdain – Morlaas 145 km dénivelée 1870 m

Les étapes se succèdent alternativement plates et accidentées. Après la plaine Toulousaine d’hier nous allons vers le Gers, et, à partir de Auch nous allons « sauter » si j’ose dire successivement d’une vallée d’un affluent de la Garonne à l’autre. 3 villages retiennent l’attention : l’Isle de Noe doté d’une belle porte, d’un mur d’enceinte et d’un clocher curieusement vrillé, Montesquiou petit bourg médieval, et Bassoues pour son donjon, son église et ses anciennes halles sous lesquelles passe la route. Gîte et couvert à l’auberge locale située légèrement à l’écart de Morlaas, dont la cuisine est réputée dans le coin (très bien)

5°)Morlaas – St Jean Pied de Port 133 km dénivelée 970 m

Nous allons déroger à l’itinéraire, car notre chef de file (il en faut bien un) a décidé de quitter celui d’Italie, que nous suivons depuis notre départ, pour rejoindre ceux venant d’Europe du nord et de France qui convergent vers St Jean Pied de Port pour franchir les Pyrénées non par le col du Somport mais par le col de Roncevaux. Nous entamons donc une transversalle par Pau, Olorons Sainte Marie et le col d’Osquich. Pause déjeuner à l’auberge de Barcus (bien) car ensuite les villages ne sont pas légion. A St Jean Pied de Port nous nous rendons compte que nous ne sommes pas les seuls pélerins, les hotels ne sont pas bon marché et nous avons du mal à trouver des chambres chez l’habitant, dans un gite à la sortie de la ville (il est peut être prudent de réserver en haute saison). Les pélerins sont une manne pour les commerçants qui en profite, à voir les prix pratiqués.

6°)St Jean Pied de Port – Estella (Lizarra en basque) 145 km dénivelée 1870 m

Nous traversons le Pays Basque avant d’attaquer le col de Roncevaux.
Nous pénétrons dans la province de Navarre et atteignons Roncesvalles et son monastère, point de contrôle obligé où un membre du clergé appose son sceau sur notre carnet de route. Les Pyrénées s’étalent en Espagne. Descente vers Pampelune, Puente la Reina lieu de convergence de tous les itinéraires ( à l’exception de celui du Portugal). Nous nous arretons à Estella nous sommes à mi chemin et jusqu’à présent tout s’est bien passé. Nous sommes surpris par l’ambiance et l’animation qui règne en ville (et dans les villes espagnoles en général) et nous serons encore plus surpris d’apprendre que les Espagnol mangent tard le midi (vers 14h30) et le soir, que les restaurants ne servent pas avant 20h30. Ce sera la même chose le matin, pratiquement aucun commerce d‘ouvert avant 8 h, il faudra donc décaler nos horaires de marche.

 

 

7°)Estella – Burgos 164 km dénivelée 1750 m

D’Estella à Logrono la route est superbe, c’est une riche région de polyculture (olivier, céréales, vigne). Passé Logrono et la plaine de la Roya, la terre devient plus aride, nous effleurons les « Montes de Oca » que nous franchissons par par le « puerto de la Pedraza » à 1130 m d’altitude. Nous entammons la descente sur Burgos et recevons nos premières gouttes de pluie. Nous logeons dans un « hostal » à proximité du centre ville . La ville de Burgos est une ville étape obligée pour qui s’interresse aux vieilles pierres et il y règne une animation bon enfant.


8°)Burgos – Carrios de los Condes 97 km dénivelée 400 m

Horreur, il pleut, un crachin normand, et, dés que nous avons franchi les dernières maisons de la ville, un vent de ¾ face soutenu et d’intensité moyenne nous accueille. C’est la première des dépressions atlantiques qui ne cesseront pas jusqu’à notre arrivée. Par surcroit, les 36 premiers km s’effectuent sur la nationale 120 qui est la seule voie de communication importante desservant le nord de la Castille et de la Gallice, donc avec une circulation imposante de poids lourds. Heureusement que la largeur de la bande cyclable nous rassure. A partir de Villasandino nous retrouvons des petites routes. Nous déjeunons à l’auberge de Castrojeriz petite bourgade pittoresque fondée par le Goths (un arrêt d’impose). Entre Fromista et Carrios de los Condes route et chemin des pélerins des confondent. Ce dernier est empierré et balisé de bornes originales. A Carrios de Los condes nous couchons dans un « hostal » en face de l’église romane St Jacques (bien).

9°)Carrios de los Condes – Leon 110 km dénivelée 400 m

Pour moi, l’étape la plus pénible. D’abord parce qu’elle s’effectue en totalité sur des routes nationales (RN 120 déjà empreintée et RN 601), que le paysage de la Castille est morne et pratiquement plat, que le parcours est constitué de lignes droites qui n’en finissent pas, que nous sommes arrosés en permanence par les camions. Que dire des pélerins pedestres (leur chemin borde également la route), qui disparaissent sous leur ample cape et qui mettrons 4 fois plus de temps que nous. Nous avons choisi un « Hostal » dans la vieille ville à proximité de la cathédrale. Leon est une étape obligée, car comme Burgos chargée d’histoire.


10°)Leon – Villafranca del Bierzo 130 km dénivelée 1150 m


    Les premiers 40 km s’effectuent sur ,la RN 120, sans commentaires, dans les mêmes conditions que la veille. A Astorga où nous déjeunons, et où malheureusement nous n’avons pas le temps de nous arrêter,(nous apercevons derrière les remparts la cathédrale et le palais épiscopal qui abrite le musée des chemins de St Jacques) nous prenons la LE 142, (en remarquant au passsage les cygognes sur les faîtes des habitations) nous allons enfin retrouver le calme et du relief, pour franchir les « montes de Leon ». Fini la plaine et ses cultures qui font place au maquis et aux maigres prairies délimitées par des murets de pierres. Nous traversons Facebadon, village abandonné, passons le point culminant de notre randonnée (1500 m) dans un paysage désolé, il faut dire que la météo rend cet endroit sinistre. Peu après sur le bord de la route, à proximité d’un ermitage dédié à St Jacques une croix de fer fixée au sommet d’un mat, planté dans un tas de pierres haut de plusieurs mètres. La coutume veut que chaque pèlerin y dépose la sienne ce que nous faisons. A Ponferrada nous retrouvons la route nationale VI jusqu’à Villafranca Del Bierzo, ancien gîte d’étape qui ne comporte plus d’établissement hôtelier, maintenant petite bourgade où une habitante nous propose son gîte.

11°)Villafranca del Bierzo – Portomarin 103 km dénivelée 1650 m

Aujourd’hui route de moyenne montagne car nous franchissons la « cordillera Cantabrica ». 4 cols que nous escaladons malheureusement dans les nuages par une température automnale. Restauration à l’auberge du col « El Poyo » ou nous trouvons chaleur convivialité et plusieurs « collègues » , transis comme nous. Nous ne sommes pas brillants mais que dire des pédestres !.Pointage à Samos, à voir l’isolement de cet endroit, on à peine à croire qu’au Moyen Age, son imposant monastère accueillait plusieurs milliers de fidèles. C’est un paysage de collines qui me fait penser au bocage Normand. Portomarin est un village récent, l’ancien ayant été englouti lors de la mise en eau d’un barrage. L’église, fortifiée a été démontée et reconstruite. Un seul « hostal » qui fait également restaurant, l’accueil est à l’image du temps.

12°)Portomarin – Santiago de Compostella 100 km dénivelée 1450

Début d’étape pittoresque sur une route d’un autre âge. Malheureusement après 30 km, c’est à nouveau la nationale. Une dernière longue côte et c’est l’arrivée sur la place « Obradioro » de St Jacques où se dresse l’imposante cathédrale. Nous n’y restons que quelqures minutes car la température est toujours aussi fraîche. Nous dénichons un  hostal « a nosa casa » à la limite de la vieille ville correspondant à nos moyens, car, comme à St Jean Pied de Port la loi du marché maintient les prix plus élevé qu’ailleurs. Après une bonne douche, nous nous dirigeons à la maison du pélerin pour faire viser nos carnets de route et obtenir notre diplôme. Le prêtre de service nous invite à la messe du lendemein qui à lieu tous les jours et nous propose de lui fournir un texte sur nos motivations qui sera lu par l’un d’entre nous en français et traduit en espagnol par ses soins pendant l’office.

Le lendemain nous assistons à l’office religieux au cours duquel se déroule la cérémonie du « botafumeiro », l’encensement par un encensoir géant (environ 1 m de haut). Manoeuvré par quatre diacres, il entamme un balancement spectaculaire à la croisée des transepts qui va le porter jusqu’à une dizaine de m de hauteur (cérémonie assez rare paraît-il)

COMMENTAIRES

Malgré la période choisie, qui devait nous garantir un temps agréable, nous avons subi une véritable canicule de Toulouse à St Jean Pied de Port, et un temps éxécrable de Burgos à St Jacques, suite de dépressions venant de l’Atlantique avec averses, vent constant et défavorable, température fraîche pour ne pas dire froide lorsque nous avons franchi les « montes de Leon » et la « cordillera cantabrica ». J’avais opté pour une cape qui s’est vite révélée inutilisable par la prise au vent quelle représente et sa dangerosité par vent de travers. Mes collègues avaient choisi des blousons nettement mieux adaptés.

Les conditions atmosphériques des 4 derniers jours ont rendu cette randonnée relativement pénible et n’ont certainement pas permis de l’apprécier sur le plan touristique à sa juste valeur. Néanmoins j’encourage tous ceux qui en ont l’intention à la faire, même si ils sont, comme moi, non pratiquant. On y éprouve, comme il a été dit en liminaire, un petit quelque chose de plus que dans une épreuve purement sportive.

Nous avons choisi en Espagne la catégorie « hostal » qui présente pour les bourses modestes un bon compromis. Dés notre entrée dans chaque ville étape importante, direction l’office du tourisme pour prendre la liste des hostal dans nos moyens.

Le parcours de 1500 km effectué en 12 étapes ne permet pas de faire un tourisme digne de ce nom. Nous faisions le tour des villes étape en fin d’après midi et le soir, cela a été appréciable notamment à Burgos et Leon qu’il faut visiter. Par contre pour les villes traversées dont certaines méritent le détour ça n’a été qu’un simple coup d’œil, dommage. Il faut dire que la météo ne nous a pas facilité les choses, car plusieurs piques-niques se sont transformés en restaurants bien chauffés et pauses séchage.

D’après mes informations, le rythme de vie des Espagnols n’a pas changé, donc attention aux horaires des services publics et des commerces.

Cette randonnée est organisée par le Club des Cyclotouristes Parisiens qui fournit les carnets de route pour ceux qui désirent officialiser leur démarche.

Voici les références d’un bouquin qui décrit tous les itinéraires historiques du pèlerinage avec description des villes et villages traversés.Il permet de programmer les points de visites et d’étapes en fonction de ses pôles d’intérêts. Il s’agit  du :

« Guide europeen des chemins de Compostelle », par Jean Bourdanias et Michel Wasielewski, éditions Fayard.

La récompense suprême

Un grand merci à Bernard BARTHELEMY , Jacques VIDAL et Jean-Pierre CASTELLO
d'avoir bien voulu nous faire revivre ce long périple.

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